jeudi 31 mai 2012

En Página/12, la Présidente salue un grand acteur de la démocratie [Actu]


Au cours de la grande fête donnée pour les 25 ans du quotidien Página/12 qui a inauguré une nouvelle façon de faire du journalisme, en rupture avec les traditions suivies par La Nación, La Prensa et Clarín, tous fondés par l'oligarchie argentine et ce bien avant les derniers épisodes anti-démocratiques de l'histoire du pays (le pire de tous étant bien entendu la dictature de 1976-1983), la Présidente Cristina Fernández de Kirchner est venue faire un de ces grands discours dont elle a le secret, admirablement bien balancés et argumentés, où elle a pris soin de rappeler des souvenirs personnels de l'apparition du journal dans le pays intellectuel et politique du pays et le lien que le quotidien entretient avec le monde des arts et celui des ONG des droits de l'homme. Elle a embrassé les trois fondateurs, ainsi que Estela de Carlotto, la présidente de Abuelas de Plaza de Mayo qui ne pouvait pas ne pas être présente, et un bon nombre d'artistes dont certains qui ont déjà eu les honneurs d'une interview ou d'un article dans ce supplément culturel dont je vous relaie assez souvent les contenus fourmillants et fouillés.

Pour en savoir plus :

vendredi 25 mai 2012

Demain, Página/12 fête ses 25 ans [Actu]


Demain, samedi 26 mai 2012, le quotidien Página/12, l'un des rares journaux argentins à faire un travail de presse indépendant des puissants lobbies monopolistiques historiquement liés à l'oligarchie possédante du pays, depuis la moitié du 19ème siècle, fêtera demain son vingt-cinquième anniversaire avec un cahier spécial où la rédaction a rassemblé toutes ses signatures.

Le journal a été fondé très peu de temps après la fin de la dictature pour faire émerger une voix indemne des compromissions de la presse existante avec le régime des généraux.

Je fais trop souvent appel à ce quotidien dans le cadre de mon travail sur ce blog pour ne pas saluer cette longévité...

Une vision anthropologique du 25 mai [Actu]

Marcelino Fontán, anthropologue universitaire argentin, confie aujourd'hui, fête nationale argentine, ses réflexions sur le passé génocidaire du pays, où il voit une trahison des idéaux des grands acteurs de la Revolución de Mayo, Moreno, Castelli et Monteagudo.

Mariano Moreno
(le seul portrait dont on soit sûr qu'il ait été fait de son vivant)

Ces trois hommes furent des partisans de l'égalité entre les blancs et les indigènes, dans une idéologie libérale radicale, tandis qu'une oligarchie de possédants blancs, une fois obtenue l'indépendance du pays et la libre capacité de commercer à grande échelle avec la Grande-Bretagne, voire avec la France et les Etats-Unis, reprirent les vieux réflexes racistes des temps coloniaux pour mieux préserver leurs privilèges socio-économiques et leur pouvoir dans cette société. Ce qui se manifesta en 1879-1880 par la Campagne du Désert, menée par le Général Argentino Roca, qui fut aussi le premier président de cette sinistre période de 36 ans qu'on appelle la Generación del 80 (la génération de 1880), une période de corruption et de despotisme à la tête de l'Etat fédéral (et pas seulement de l'Etat fédéral, mais aussi de nombreuses Provinces et d'encore plus nombreuses communes), avec une classe dominante qui confondait ses intérêts particuliers et familiaux avec ceux du pays. Il explique comment les tenants de l'oligarchie de la deuxième partie du 19ème siècle ont travesti le message des acteurs de la Révolution, notamment celui de Belgrano et de Moreno, celui de Monteagudo ayant plus facilement pu être jeté dans l'oubli eu égard au fait que l'homme a fait une partie de sa carrière au Chili puis au Pérou sur les pas de San Martín (1).

Dans son interview, Marcelino Fontán relève le caractère systématique de la destruction des Indiens mapuches lors de la Campagne du Désert, en soulignant la proximité des méthodes avec les pratiques suivies par la Junte militaire de 1976-1983 pour faire disparaître ses opposants (torture, enlèvements, massacres, destruction d'identités personnelles) et il montre comment, à partir de cette prise en main du pouvoir par l'oligarchie affairiste et pro-britannique, l'histoire de l'Argentine s'est développée dans une cohérence perverse des idéologies et des pratiques anti-démocratiques, contre l'identité même du pays et des forces de libération qui le travaillent depuis l'époque coloniale. Et Fontán ose même dire que la celèbre geste épique du Martín Fierro, qui est à la littérature argentine ce que Don Quichotte est à la littérature espagnole ou la Chanson de Roland à la littérature française, participe de ce mépris de l'indigène, de cette européanisation rampante voulue par l'oligarchie, de cette négation de la réalité anthropologique du pays...

Une interview éclairante pour un jour de fête nationale. Et comme par hasard, ou plutôt comme d'habitude, dans les colonnes de ce quotidien différent qu'est Página/12.

Pour aller plus loin :
(pour vous aider à lire l'interview en espagnol, vous pouvez vous appuyer sur le traducteur en ligne Reverso, dont le lien est disponible dans la partie basse de la Colonne de droite).

(1) La même dénaturation idéologique de ses positions politiques a été opérée sur la personne de José de San Martín lui-même, dès avant la Generación del 80, par les généraux et hommes politiques Sarmiento puis Mitre, qui se sont arrangés pour le réduire à un militaire brillant sans véritable discours révolutionnaire et pour faire tout ce qui était en leur pouvoir pour le discréditer tout en lui dressant des statues. Un travail d'orfèvre dans le genre. Sur lui aussi, l'ambigüité est aujourd'hui totale, au point que les historiens peuvent difficilement accomplir un travail de recherche et de critique historique serein, pris qu'ils sont toujours dans le gigantesque contentieux des prolongements de la Révolution de Mai, surtout maintenant que l'instauration de la démocratie délivre de la censure non seulement la presse mais aussi la recherche, toute la recherche en sciences humaines.

De este lado del puente, le nouveau disque de La Biyuya [Disques & Livres]


Les samedis 9 et 30 juin 2012, à 21h, le groupe de tango contemporain La Biyuya présentera son nouveau disque au Teatro del Viejo Mercado, Lavalle 3177, dans le quartier de Almagro.

Entrée : 40$ le jour même, 30 $ en cas de réservation à l'avance.

La Biyuya (1) est un quintette de jeunes musiciens tous ou presque issus de la Escuela de Música Popular de Avellaneda, dans la banlieue sud de Buenos Aires, une ville où ils animent un cycle de concerts à la SFCO, comme vous pouvez le voir sur les annonces de nombreux de leurs spectacles dans ce blog. Il regroupe une chanteuse, qui est aussi auteure et compositrice, Marina Baigorria, un compositeur, auteur et guitariste, Pablo Dichiera, un percussioniste, Santiago Varela, un bassiste, Pablo Vaira, et un flûtiste multi-instrumentiste, qui est aussi bibliothécaire à la Academia Nacional del Tango, Pablo Marasco. Les trois derniers ont eux aussi signé certains morceaux du nouvel album.

Sur De este lado del puente (de ce côté-ci du pont) (2), ils ont invité plusieurs autres musiciens, le bandonéoniste Claudio Gandolfo, le clarinettiste Sabino Figueroa, le percussioniste Cristian Benito Acosta et l'accordéoniste José Luis Santucho.

En août 2011, j'avais eu le droit à une avant-première tout à fait privée, lors d'une très sympathique tertulia organisée par Jacqueline Sigaut chez elle et où Marina et Pablo (Dichiera) m'avaient donné un aperçu de ce que serait ce nouveau disque. J'y avais trouvé la patte du groupe, leur son et leur ligne mélodique bien reconnaissable, et une bonne dose de renouvellement. Je suppose donc qu'il s'agit d'un très bon album. J'attends avec impatience mon prochain séjour à Buenos Aires pour me le mettre entre les oreilles. Mais d'ici là, De este lado del puente sera sans doute disponible (très bientôt) dans la boutique en ligne de Zivals (lien actif dans la partie basse de la Colonne de droite), bien plus riche que le magasin lui-même (esquina Callao y Corrientes), qui réduit chaque année la portion de linéaire consacrée à la musique au profit de la partie librairie.

C'est le quatrième disque de La Biyuya, après Tango en bruto (épuisé), El cuento de que Dios es argentino (2003, juste après la faillite du pays), Buenosairece (2006). C'est le premier CD qui ne comporte que des morceaux originaux, et aucun arrangement de pièces du répertoire comme les trois autres. Un bon signe de maturation du groupe, qui conduit avec tranquilité et sûreté son parcours artistique, malgré les difficultés en tout genre que rencontrent tous les musiciens qui veulent se garder authentiques.

(1) La Biyuya fait partie des 10 artistes que j'ai présentés dans Deux cents ans après, le Bicentenaire de l'Argentine à travers le répertoire du tango argentin, revue Triages (numéro spécial 2010), Tarabuste Editions, janvier 2011.
(2) Le pont en question marque la limite entre Buenos Aires et sa banlieue sud (donc ouvrière et populaire). C'est le Puente Alsina, un ouvrage d'art qui présente aujourd'hui une très belle façade néo-coloniale qui fait la joie des fabricants de cartes postales et de maquettes de couverture de disque de tango. On peut interpréter este de deux façons, côté Buenos Aires (quartier de Nueva Pompeya) ou côté Conurbano ou Gran Buenos Aires (commune d'Avellaneda).

jeudi 24 mai 2012

Les vols de la mort ont commencé dès le coup d'Etat [Actu]


C'était l'un des 30 000 disparus de la Dictature argentine. Sa fille est l'une des petites-filles retrouvées par l'association Abuelas de Plaza de Mayo. Il s'appelait Roque Orlando Montenegro, il a été enlevé par les sbires de la Junte le 13 février 1976, c'est-à-dire avant le coup d'Etat en Argentine (24 mars) mais après celui qui s'était produit en 1973 en Uruguay. Et son corps vient d'être identifié. Il reposait anonymement dans un cimetière de Colonia, une ville située sur la rive orientale du Rio de la Plata.

La mère de la jeune femme est toujours portée disparue, elle s'appelait Hilda Ramona Torres.

C'est l'histoire terrible qui a été révélée au public hier lors d'une conférence de presse tenue au siège social de Abuelas de Plaza de Mayo, par la présidente de l'ONG, Estela de Carlotto, et la jeune femme, Victoria Montenegro Torres, elle-même "retrouvée" (recuperada) et identifiée en juillet 2000.

Le corps de Roque Montenegro était apparu sur la côte uruguayenne, sur une plage de Colonia, le 17 mai 1976, sans doute rejeté là par les remous du fleuve dans lequel il avait été jeté, vivant, d'un avion, un de ces avions de la mort dont il apparaît de plus en plus clairement qu'ils opéraient un véritable plan systématique et qui plus est, défini dès le début du gouvernement putchiste, ce qui avait été dénoncé très rapidement par le journaliste argentin Raúl Walsh, qui ne tarda pas à payer de sa vie ses prises de position courageuses dans l'Argentine des années de plomb.

L'identité du disparu a été établie en août de l'année dernière et formalisée en décembre, dans le cadre d'une procédure bien plus compliquée que d'habitude puisqu'elle exigeait la coopération, si délicate, des instances judiciaires et de police scientifique des deux pays. Or si l'un des deux est très en pointe dans les techniques et les protocoles de recherche des disparus (l'Argentine), l'autre, l'Uruguay, traîne les pieds et voudrait continuer à se voiler la face devant sa propre histoire.

Depuis lundi dernier, les restes de Roque Montenegro reposent dans une église. Dans les jours qui viennent, sa fille unique, Victoria, les fera inhumer près de ses oncles et tantes, dans le cimetière d'un petit village de la Province de Salta, dont il était originaire.

Pour aller plus loin :
Pour en savoir plus sur les affaires liées aux Droits de l'Homme en Argentine et en Uruguay, cliquez sur le mot-clé JDH (pour Justice et Droits de l'Homme) dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus, et sur les liens vers les sites de quelques ONG disposés dans la partie basse de la Colonne de droite, dans la rubrique Droits de l'Homme.

Javier González va et vient à Morón ce samedi [à l'affiche]

Le compositeur et guitariste Javier González présente ce samedi 26 mai 2012 son CD de tango instrumental contemporain Conurbano. Ida y vuelta (communauté urbaine. Aller et retour) avec son quintette à 21h, au Teatro Municipal de Morón, esquina Brown y San Martín, dans la banlieue sud de Buenos Aires.

Entrée libre et gratuite.

Javier est aussi professeur au Conservatoire de musique de cette ville et y anime un orchestre-école de tango. Avec sa femme, la chanteuse Patricia Barone, il est l'un des acteurs majeurs du tango nuevo, cette nouvelle génération de musiciens qui a assimilé l'héritage de Piazzolla et celui du rock argentin...

Les tangos reos de Lucrecia Merico passent sur l'autre rive [à l'affiche]

Ce soir, jeudi 24 mai 2012, c'est à Montevideo que la chanteuse Lucrecia Merico donnera un récital de tangos anciens, des années 20 et 30, qu'elle a le secret d'interpréter avec la bonne dose de théâtralité et d'art vocal.

Ce sera au Bar Paysandú, situé esquina Rondeau y Paysandú (on est en pleine geste de l'indépendance du pays), à 22h, avec des guitaristes, comme d'ordinaire.

mercredi 23 mai 2012

Ute Lemper présente Last Tango in Berlin à Buenos Aires [à l'affiche]


La chanteuse allemande Ute Lemper rend sa visite annuelle à Buenos Aires et chante ce soir au Teatro Gran Rex, sur Avenida Corrientes. Son récital mêle Kurt Weill et Piazzolla-Ferrer à Jacques Brel et Edith Piaf, et chaque chanson est interprétée dans sa langue originale... Le spectacle s'intitule Last Tango in Paris (dernier tango à Paris) et se veut une évocation (et c'est réussi) de la liberté subversive de l'art et de la musique populaires face à et contre la barbarie dont le nazisme des années 1930 est ici l'épouvantable emblème, une évocation que cette artiste a puisée dans son analyse politique de l'histoire de son pays et dans sa propre rebellion, dans les années 1970, contre l'éducation catholique et bien pensante qu'elle a reçue dans un cercle familial qu'elle jugeait (et juge toujours) étroit, étouffant et hypocrite.

Le concert de ce soir donne lieu à plusieurs articles dans la presse argentine, avec deux interviews comme c'était déjà le cas il y a un an lorsque la chanteuse s'est lancée dans ce projet ambitieux (voir mon article du 5 octobre 2010 à ce sujet).

Extraits des propos rapportés par Clarín :

Sólo habrá algunos tangos de Piazzolla. Me da gran placer cantarlos alrededor del mundo y me da mucho miedo cantarlos en la Argentina, porque es su tesoro nacional y no quiero meterme en el territorio de nadie. Lo que hago es traer a Piazzolla a mi mundo: me encuentro con él en un punto medio entre la Argentina y Europa.
Ute Lemper, citée par Clarín

Il n'y aura que quelques tangos de Piazzolla. J'ai beaucoup de plaisir à les chanter tout autour du monde et ça me fait très peur de les chanter en Argentine, parce que c'est votre trésor national et je ne veux pas aller sur les territoires de autres. Ce que je fais, c'est apporter Piazzolla dans mon monde à moi : je suis avec lui quelque part entre l'Argentine et l'Europe.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Es cierto que el español no es mi hogar, como el alemán, el inglés o el francés, porque no viví en un país hispanoparlante. Pero ahora lo entiendo muy bien, así que ustedes ya no pueden tener secretos para mí. No lo canto fonéticamente sino desde el alma, con comprensión de cada palabra y metáfora. Es un idioma lleno de poesía. Amo cantar en español.
Ute Lemper, citée par Clarín

C'est vrai que l'espagnol n'est pas mon chez-moi, comme l'allemand, l'anglais ou le français, parce que je n'ai pas vécu dans un pays hispanophone. Mais maintenant je le comprends très bien, ce qui fait que vous ne pouvez plus avoir de secret pour moi. Je ne chante pas [l'espagnol] de manière phonétique mais de l'intérieur, en pesant chaque mot et chaque métaphore. C'est une langue pleine de poésie (1). J'aime chanter en espagnol.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Si vous allez écouter Ute Lemper ce soir au Gran Rex, attention aux mesures de sécurité que vous risquez de rencontrer sur place. Cette nuit, les forces de police ont déjoué un attentat à la bombe qui visait le public de l'ancien président colombien Uribe, qui devait donner une conférence dans cette salle mythique de Buenos Aires. Alors, bien entendu, la police est un peu nerveuse dans le secteur...

Pour aller plus loin :

Ajout du 25 mai 2012 : lire la critique du spectacle dans Página/12 ce matin.

(1) C'est sûr qu'à chanter des textes de Horacio Ferrer, ce n'est pas la poésie qui manque, ni les métaphores les plus saugrenues, les plus inattendues, les plus inventives. Voir les textes de ce poète qui me fait l'honneur d'apprécier mes traductions, telles qu'elles sont parues dans deux anthologies, Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, ed. du Jasmin, et Deux cents ans après, le Bicentenaire de l'Argentine à travers le patrimoine littéraire du tango, Tarabuste Editions ainsi que dans le cahier de 15 pages que je lui ai consacrées pour ses 75 ans, avec d'autres textes, dans le n° 20 de la revue Triages (Tarabuste), en juin 2009 (toujours disponible chez l'éditeur, lien avec sa boutique dans la Colonne de droite). Je me suis arrangée pour présenter des textes différents dans chaque publication, soit en tout plus d'une trentaine de documents, en vers, en vers libres et en prose.

mardi 22 mai 2012

202 ans après, les choses ont bien changé [Actu]

Aujourd'hui, les passionnés d'histoire savent qu'il y a deux cents deux ans, et c'était aussi un mardi, le dernier vice-roi du Río de la Plata, don Baltazar Hidalgo de Cisneros, l'un des rares amiraux espagnols à avoir survécu à Trafalgar en 1805, convoquait une assemblée générale de tous les notables (vecinos) de la ville, ce qu'on appelait alors un cabildo abierto (hôtel de ville ouvert), comme il était d'usage lorsqu'une situation exceptionnelle exigeait une prise de décision rapide et donc indépendante du pouvoir de la distante métropole (voir mon article du 22 mai 2010 à ce sujet).

La situation exceptionnelle veanit d'être créée par la nouvelle arrivée quelques jours plus tôt au port de Buenos Aires : le Conseil de Régence, installé à Cadix, était tombé au début de l'année, livrant ainsi l'Espagne à l'envahisseur français et à l'usurpateur qu'était Joseph Bonaparte, sans plus aucune institution légitime correspondant à la tradition espagnole, sauf ce qui restait sur pied de l'armée loyaliste, avec des régiments qui se recomposaient avec toujours de moins en moins d'hommes entraînés et de plus en plus de volontaires, dont le courage ne parvenait pas à pallier le manque d'expérience professionnelle. Le vice-roi s'était fait violence pour réunir cette assemblée dont il craignait fort les éventuelles décisions, sa propre légitimité étant fort contestée puisque, depuis son arrivée moins d'un an auparavant, il agissait en parfait petit despote même pas éclairé.

A l'heure où le monde compatit avec une Espagne ravagée par le chômage, la désindustrialisation et une politique de rigueur qui assèche complètement la demande, Miguel Rep, peintre, humoriste et dessinateur de presse que mes lecteurs apprécient, revient sur l'ordre du monde et ses viccisitudes... Cela fait un bon moment qu'il joue avec ces idées-là presque tous les jours à la une de Página/12 sans que je trouve le temps de tout relever. Alors, aujourd'hui, pour ce coup de chapeau à l'histoire !



Un cabildo abierto ? Ne t'en mêle pas, mon garçon. Jamais l'Espagne ne tombera. Jamais l'Europe ne tombera. Crois plutôt ce que j'en dis. Ne t'en mêle pas, mon garçon.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Et au loin, dans un jaune éclatant et lumineux, on voit les symboles de la Révolution de Mai, ce Cabildo de Buenos Aires, alors entier (il n'a plus que 5 arches sur les 11 dont il disposait à l'origine), et le soleil frappé au centre du drapeau national comme sur le drapeau de l'Armée des Andes, que dessina José de San Martín. Ce qu'on ne voit pas, c'est la pluie, car cette Semana de Mayo fut une semaine de temps pourri, où l'orage le disputait au crachin automnal.

Le souvenir de Atahualpa Yupanqui, 20 ans après sa mort à Nîmes [Troesma]

C'est à un grand artiste du folclore et de la musique criolla argentineet déjà un mythe que Página/12 consacre aujourd'hui la une de son supplément culturel quotidien. L'auteur-compositeur-interprète Atahualpa Yupanqui, qui était né en 1908, est en effet décédé à l'aube du 23 mai 1992, à Nîmes, après un malaise survenu au lendemain d'un récital très applaudi. Il s'était établi dans le midi de la France, pays où il avait passé toutes ses années de réfugié politique. Il avait demandé que ses cendres restent en France mais son corps fut néanmoins rapatrié et l'Argentine de Menem organisa une veillée funéraire au Congrès, à Buenos Aires, dans un grand concours de personnalités artistiques et politiques.

Il fut un guitariste de grand talent et un poète exceptionnel, avec cette dimension gaucha qu'il parvenait à faire vivre, sur scène ou à la télévision (1), où il se produisait en costume cravate, à mille lieues des habituels déguisements du folklore à trois sous. Son oeuvre est entré aujourd'hui dans le répertoire classique de tous les chanteurs, en Argentine et bien au-delà de ces frontières.

Sur le plan politique, il a laissé une grande blessure dans le camp prolétarien, puisqu'il avait adhéré publiquement au Parti Communiste en 1945, en pleine ferveur pour la victoire de l'Armée Rouge sur le monstre nazi, et avait répudié sa carte en 1952, en pleine guerre froide, alors que le monde entier était suspendu au sort des Rosenberg, condamnés à mort aux Etats-Unis pour espionnage en faveur de l'URSS. Et sa dénonciation avait été tout aussi forte que son adhésion, puisqu'il l'avait rendu publique dans une lettre ouverte à La Prensa, le journal de la droite atlantiste pure et dure. Les marxistes lui en gardent une profonde rancoeur et beaucoup de gens de gauche le tiennent pour un personnage ambigu.

Au fur et à mesure que ces tensions s'apaisent et que la revendication identitaire argentine s'affirme avec le développement de la démocratie, on découvre le caractère fondateur de son oeuvre dans l'élaboration de ce pays nouveau, qui, vendredi, célèbrera les 202 ans de sa souveraineté...

Pour aller plus loin :

(1) Les gens de mon âge se souviennent de Yupanqui comme d'un intervenant habituel du Grand Echiquier de Jacques Chancel à la télévision française, alors uniquement publique. Il ne se passait guère de mois sans qu'on l'y voie chanter au moins une fois, quelque fût l'invité principal de cette émission culte.

lundi 21 mai 2012

25 de Mayo valaisan [ici]


Nos amis de l'association Les Trottoirs de Buenos Sierre, dans le Valais, fêteront dignement cette année la fête nationale argentine en organisant, avec leur partenaire Fifty-One, une soirée festive le vendredi 25 mai 2012, à partir de 18h, sur le parvis de leur Hôtel de Ville, un concert gratuit du quatuor Tomassini-Reinaudo Project, que vous connaissez déjà si vous lisez régulièrement ce blog, suivi d'une milonga gratuite et en plein air, avec DJ.

Une solution de repli est prévue en cas de pluie. Retenez donc votre soirée sans crainte.

Le quatuor se compose du compositeur et clarinettiste de jazz et de tango Néstor Tomassini, un natif de Bahía Blanca (comme Carlos Di Sarli), qui a vécu plusieurs années à Genève en travaillant au sein d'un orchestre philharmonique (eh oui, de formation, c'est avant tout un musicien classique), du compositeur et guitariste Hernán Reinaudo (qui est né à Córdoba mais vit lui aussi désormais à Buenos Aires), du percussionniste portègne José Balé et de la violoniste belge (et compositrice elle aussi), qui navigue entre Bruxelles et Buenos Aires, Ananta Roosens, une Anversoise de naissance. Tout ce beau monde vous donne rendez-vous dans les Alpes romandes...

Barrio de Tango à Voyages en Livres le premier week-end de juin [ici]


Voyages en Livres, dont ce sera en 2012 la seconde édition, est une animation culturelle de la mairie de Châtenay-Malabry en lien avec celle d'Antony, dans les Hauts-de-Seine (92), avec le concours notamment des Lyon's Club de ces deux villes et la participation des écoles, des bibliothèques et du cinéma Le Rex. Comme en 2011, le salon a pour thème le voyage et la découverte d'autre horizons.

Ce salon du livre se tiendra du vendredi 1er au dimanche 3 juin 2012, à l'Espace Omnisport Pierre Bérégovoy, 160 avenue de la Division Leclerc (1), à Châtenay-Malabry (92), avec des animations jusqu'au mardi 5 juin. Entrée libre et gratuite, bien entendu, de 9h à 19h le vendredi et le samedi, et de 10h à 18h le dimanche.

Parmi les personnalités invitées, on retrouvera, à côté d'un écrivain mondiain omniprésent en ce moment sur ce genre d'événements, des acteurs culturels plus consistants, dont le critique gastronomique hyperbolique Jean-Luc Petitrenaud, qui animera un café littéraire autour de la découverte des ailleurs culinaires avec la chef étoilée et le sommelier Reine et Guy Sammut. Il y aura d'autres tables-rondes, sur "le premier roman et après", sur le Japon entre manga et haïku, sur l'Afrique du nord au sud et ses diasporas caribéennes (comme l'année dernière), sur le polar et sur le romantisme.

Pour mon humble part, j'y serai présente pour dédicacer mes livres les trois jours, de 10h à 18h le vendredi et le samedi (environ, je prends mes précautions à cause des transports publics), de la toute fin de matinée jusqu'à la clôture le dimanche. Indépendamment de ma présence ou de mon absence, mes ouvrages seront disponibles sur le stand des Editions du Jasmin tout au long du salon, y compris en dehors de mon créneau de dédicace.

Comme d'habitude, la maison présentera de la manière la plus large son catalgoue, qui vient de s'enrichir d'une collection de littérature générale (au moins un des trois auteurs déjà publiés seront là, à un moment ou un autre du week-end) et d'un embryon de collection de polars pour la jeunesse (avec, pour l'heure, un seul titre paru). Pour coller au thème de l'événement, en plus des dédicaces, je vous ferai goûter le mate, cette boisson nationale argentine (mais aussi chilienne, paraguayenne et uruguayenne, pour ce qui est de la yerba mate) (2), comme je l'ai fait ces dernières semaines, à Varennes-Jarcy et à Verneuil, si "vous vous risquez" dans ce que Les Tontons Flingueurs (3) appellent "le bizarre" (en l'occurence, une boisson amère et âpre, tout ce qu'on fait de plus tempérant et sans l'ombre d'une pomme dans sa composition !)

Parmi la trentaine d'éditeurs annoncés parmi les exposants, je me réjouis de croiser à nouveau les animateurs des Editions du Bout de la Rue (on sympathise à force de se retrouver dans tous les coins de France et de Navarre tout au long de l'année). La médiathèque municipale comptera aussi parmi les exposants, ainsi qu'une librairie châtenaisienne et la délégation locale du Lyon's Club.

Pour en savoir plus, consulter le programme du salon, disponible en pdf sur le site de la mairie de Châtenay-Malabry.

(1) A l'intention de mes lecteurs lointains, notamment américains (du sud comme du nord) : cette avenue a été ainsi baptisée en hommage à la Division Leclerc qui l'emprunta en août 1944 lorsque les forces françaises intégrées aux forces alliées se déroutèrent pour entrer dans Paris et libérer la capitale de l'occupation allemande. Glorieuse étape de notre histoire après quatre années abominables.
(2) Au Pérou et en Bolivie, on boit un mate de coca, différent de celui qui est consommé dans les autres pays.
(3) Un film du duo Lautner-Audiard (Festival de Cannes oblige). Les Tontons Flingueurs sont un grand classique du film populaire français, notamment la scène à laquelle fait allusion cette bribe de citation, celle dite de la cuisine, où des truands sur le retour se réconcilient autour d'un breuvage frelaté imitant vaguement le calvados normand. C'est notre La última curda, à nous, en version pastiche de film noir nord-américain.

vendredi 18 mai 2012

Abel Córdoba avec ETvaB pour la fête nationale [à l'affiche]


Le jeudi 24 mai 2012, à 21h30, un El Tango vuelve al Barrio (ETvaB, le tango est de retour dans le quartier) exceptionnel à la veille de la fête nationale... Abel Córdoba, dernier chanteur de l'orchestre de Osvaldo Pugliese, rejoindra, au bar el Faro, les hôtes et animateurs de cette soirée désormais traditionnelle, Cucuza et Moscato, le premier au chant et le second à la guitare, comme le savent bien les lecteurs réguliers de ce blog.

Rendez-vous directement au restaurant, esquina Constituyentes y La Pampa, à la frontière des quartiers Villa Urquiza, Villa Pueyrredón et Parque Chas, avant 21h30, pour déguster le locro si typique des fêtes hivernales (1) (et ne pas faire de bruit de fourchette sur la musique)...

Droit au spectacle : 30$ (comme d'habitude).

(1) Le locro est une sorte de ragoût roboratif qui n'est pas sans ressembler au cassoulet du sud-ouest de la France... (Voir une recette -il en existe presque autant que de familles- dans mon article du 15 novembre 2009). Les fêtes nationales dont il est un élément indispensable sur les tables argentines, du nord au sud du pays, sont toutes situées en hiver : 25 mai (fête de la révolution), 20 juin (fête du drapeau), 9 juillet (fête de l'indépendance) et 17 août (fête de San Martín).

Ariel Ardit vient fêter l'Argentine à Paris [ici]

Le chanteur Ariel Ardit, qui vient d'avoir une série de récitals au Teatro San Martín à Buenos Aires, a entamé une tournée en Europe, pour la première fois de sa carrière soliste et avec son orchestre.

Il sera donc à Paris, au Cabaret Sauvage, pour un concert unique, le jeudi 24 mai 2012, à 19 h.

Prix des places : 18h (en prévente dans le réseau habituel) et 24 € le jour même sur place.

Un regret : la communication publique qui conserve le même ton immodeste et le même manque d'humour qu'on a pu apprécier à Buenos Aires (voir mes articles précédents). Dommage, le talent de l'intéressé supporterait très bien un peu de légèreté bien tanguera...

mercredi 16 mai 2012

Círculo de Brujas au 36 Billares [à l'affiche]


Demain, jeudi 17 mai 2012, à 21h, cinq cantautoras, Lorena Astudillo, Dorita Chavez, Cecilia Gauna, Claudia Levy (que vous connaissez déjà bien) et Paola Gamberale, se donnent rendez-vous pour une "ronde de sorcières" (ou "cercle de magiciennes"), au Bar 36 Billares, avenida de Mayo 1265, pour une rencontre-récital de leurs propres chansons et compositions.

Elles seront accompagnées pour l'occasion par Juan Pablo Ferreyra à la guitare et Matías Furió aux percussions.

L'Ascension ne donne pas lieu à un jour férié en Argentine (pas plus qu'en Espagne), la fête étant déplacée au dimanche qui suit, comme l'Epiphanie a été déplacée pour la France du 6 janvier au premier dimanche qui suit le Jour de l'An.

Droit au spectacle : 40 $ (comptez les consommations en plus).

Barrio de Tango au Festival Lire à Verneuil [ici]


Ce dimanche 20 mai 2012, je serai au Festival Lire à Verneuil sur Avre (Eure), qui ouvrira ses portes au public de 14h à 18h, à la salle des fêtes du Rond-point de la Victoire, dans une charmante bourgade au cachet encore nettement médiéval en Haute-Normandie. Entrée libre et gratuite, bien entendu.

Il s'agit de la troisième édition de cette manifestation, qui a maintenant pris le nom de sa fondatrice, la journaliste et productrice radiophonique Geneviève Moll, qui nous a quittés récemment.

Le thème de cette année tourne autour des arts de la table et de la cuisine française, avec une exposition actuellement ouverte depuis plusieurs jours sur "Les mots de la gourmandise" et plusieurs ateliers pratiques. Le jour même du salon, des artisans et agriculteurs proposeront leurs produits locaux devant la salle des fêtes, sur un petit marché artisanal (une huitaine d'exposants).

Pour ma part, je me trouverai sur le stand des Editions du Jasmin, avec deux autres auteurs, qui ont signé des ouvrages de la collection des biographies que développe cette maison. J'y présenterai Barrio de Tango (ed. du Jasmin) et Deux cents ans après (Tarabuste éditions).

Si je dispose de la place nécessaire à cette fin sur le stand, je sortirai aussi le mate, pour une initiation-dégustation à cette boisson nationale argentine (et uruguayenne, chilienne, paraguayenne, bolivienne et péruvienne) à l'intention de nos visiteurs, comme je l'ai fait, samedi dernier à Varennes-Jarcy, où j'ai été agréablement surprise de voir autant de gens intéressés par cette expérience gustative inédite, dont des enfants et des adolescents... (voir mon article du 16 avril 2012 sur ce qui fut une très belle fête). Mon éditeur m'a invitée sur le salon de Verneuil à titre anticipé pour ainsi dire, puisque deux de mes prochains livres iront enrichir cette collection de "biographies qui se lisent comme un roman" et qui compte déjà un Malraux, un Conan Doyle, un Van Gogh, une Frida Kahlo, un Chopin, une George Sand, une Simone de Beauvoir, les frères Grimm, etc... En effet, en hommage à Geneviève Moll, cette manifestation remettra désormais un prix spécial pour récompenser un choix de biographies.

Un certain nombre d'auteurs médiatisés sont attendus sur place, dont la danseuse et actrice Leslie Caron, l'acteur Edward Meeks, le dramaturge René de Obaldia, la romancière Régine Desforges, le romancier-biographe mondain Gonzague Saint-Bris (qui fréquentent tous deux de nombreux petits salons locaux, ce qui est tout à leur honneur d'écrivains populaires...).

Pour les Editions du Jasmin, ce sera aussi l'occasion de présenter une nouvelle collection, de littérature générale, dont les six premiers titres ont connu leur baptême lundi dernier : Jasmin Littérature.

Pour en savoir plus, consulter le site de la municipalité de Verneuil.

Noelia Moncada présente Marioneta, son nouveau disque [Disques & Livres]


La chanteuse Noelia Moncada présentera vendredi prochain, 18 mai 2012, son nouveau disque de soliste, intitulé Marioneta, du titre d'un tango créé par Carlos Gardel.

Ce récital aura lieu au Café Vinilo, Gorriti 3780, dans le quartier de Palermo, à 21h.

La chanteuse donnera le même concert huit jours plus tard, à la même heure, le 24 mai 2012, au Bar 36 Billares, avenida de Mayo 1265, dans le quartier de Monserrat.

Dans les deux cas, le droit au spectacle est de 50 $.

Ce nouvel album a été produit et arrangé par Octavio Brunetti, à New-York. Il comprend essentiellement des classiques du genre, comme Marioneta, La última grela (du duo Piazzolla-Ferrer, qui est largement entré au répertoire), El motivo (intitulé aussi Pobre paica) (1), Pequeña, La noche que te fuiste, Al mundo le falta un tornillo, Olvido.... Elle a aussi intégré dans son disque des auteurs et compositeurs des nouvelles générations, comme Alejandro Szwarcman.

Pour la présentation, Noelia Moncada a invité Daniel Rabinovich, du grand groupe de musique fantaisiste Les Luthiers, puisqu'il a enregistré avec elle l'un des morceaux de Marioneta...

(1) C'est sous ce titre qu'il figure dans mon anthologie Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, publiée en mai 2012 aux Editions du Jasmin (p. 291)

vendredi 11 mai 2012

Tango a Tres Bandas pour la réouverture du Café Homero [à l'affiche]

Ce soir, vendredi 11 mai 2012, à 21h, les chanteurs Esteban Riera, Hernán Genovese et Jesús Hidalgo chanteront Buenos Aires pour saluer la reprise des activités du Café Homero, Cabrera 4946, une tanguería de Palermo créée en 1983 avec Susana Rinaldi comme marraine. Depuis un bon moment, l'établissement avait cessé d'être ce lieu de retrouvailles pour les artistes qu'ils affectionnent d'autant plus que la politique de la Ville a réduit le nombre et la qualité des opportunités qui leur sont offertes.

De 1992 à 1996, le Café Homero a été la propriété partagée de son fondateur et du chanteur, compositeur et bandonéoniste Rubén Juárez, qui en avait fait sa tannière portègne. Il y a deux ans, sa mort (voir mon article du 31 mai 2010 à ce sujet) n'avait pas tardé à mettre la salle en sommeil. Cette année, le fondateur a trouvé un trio de nouveaux associés pour réveiller la belle, un trio dont fait partie Esteban Riera, ce qui est une promesse d'avenir pour les musiciens de tango.

Pour cette fête, car c'en sera une, cette jeune garde musicale et vocale a invité un illustre aîné dans la carrière, Raúl Lavié.

Entrée : 60 $.

Conférence de Estela de Carlotto à Paris lundi 14 mai [ici]

Estela de Carlotto, présidente de Abuelas de Plaza de Mayo, sera à Paris la semaine prochaine à l'invitation du Quai d'Orsay.

Le 14 mai 2012, à 16h30, elle donnera une conférence en espagnol sur la situation des droits de l'homme en Argentine, passé et présent, à l'Institut des Amériques, 175 rue Chevaleret, 8ème étage, Paris 13. La conférence semble être organisée par l'association Observatoire de l'Argentine contemporaine.

Le groupe Las Marías prend des coups de bombilla (1) sur les doigts [Actu]

Comme quoi, il n'y a pas que Repsol dans le colimateur du Gouvernement argentin pour ses comportements économiques anti-civiques... Le grand empire de la yerba mate qu'est le groupe Las Marías, qui achète aux producteurs et vend le produit fini, conditionné et marketé, vient de se voir exclu d'un programme gouvernemental de promotion non-industriel auquel il émargeait depuis 1998.

Raison invoquée par le Gouvernement : la holding agro-alimentaire n'a pas fait les investissements auxquels elle s'était engagée en contrepartie de l'aide apportée par l'Etat et n'a pas non plus baisser ses prix pour le consommateur final. Or Las Marías est le leader sur son marché, en terme de chiffre d'affaires et de volume de vente, en Argentine et à l'extérieur (le groupe exporte dans 40 pays), sa marque populaire, Taragüi (2), est presque un embléme du mate avec sa carte territoriale dans une mandorle blanche sur tous les paquets de toutes les tailles... Le groupe profite de sa position hégémonique pour alimenter ses établissements de conditionnement (qui broient la feuille séchée et fermentée pour obtenir le produit final prêt à l'emploi) avec une politique d'achat qui écrase les producteurs et nuit à leurs intérêts économiques, producteurs qui s'en sortent mieux quand ils maîtrisent l'ensemble de la chaîne, depuis la plantation jusqu'aux circuits de distribution ou au moins de revente au commerce de détail.

Cette affaire prend place dans un conflit qui oppose actuellement les producteurs et les grands groupes commerciaux qui se chargent de la presque totalité des ventes aux consommateurs (la yerba mate s'achète presque exclusivement dans le circuit de la grande distribution et dans les supérettes, indépendantes ou non, qu'on appelle, surtout à Buenos Aires, les supermercados chinos, en allusion à leurs propriétaires, qui viennent tous du sud-est asiatique). Il n'y a pratiquement pas de circuit alternatif, du type vente directe du producteur au consommateur, comme cela existe en Europe pour un grand nombre de produits agricoles (fruits et légumes, et produits élaborés comme le fromage, le vin, la bière, le cidre et autres spiritueux, ou l'huile....)

Bien entendu, Las Marías nie la réalité des accusations gouvernementales, elle conteste aussi l'amende qu'elle devra acquitter dans les dix jours ouvrables qui viennent pour un montant de 77 276 pesos (cela ne va pas mettre le groupe en péril) ainsi que les primes fiscales qui avaient été accordées et qu'elle doit désormais retourner au Trésor Public. Le groupe menace de se pourvoir devant la justice...

Pour aller plus loin :

(1) On appelle bombilla la pipette de métal ou de bambou qui sert à boire cette boisson nationale qu'est le mate, dont on cultive la plante dans les anciennes missions jésuites, qui couvre aujourd'hui le nord de l'Uruguay et de l'Argentine, la totalité du territoire du Paraguay et une partie de la Bolivie.
(2) Le Taragüi nature n'est pas la meilleure yerba mate qui soit. C'est un produit standardisé à la Lipton Yellow. Sous le même nom, se vendent cependant des yerbas aromatisées d'excellente qualité (avec des vrais morceaux d'écorce de citron ou d'orange et des vrais feuilles de menthe ou de cedratier, là où les autres marques abusent un peu trop souvent de l'adjonction d'arômes artificiels qui disparaissent si vous ne consommez pas l'intégralité du paquet dans la semaine suivant son ouverture... Mais personne ne s'en rend compte en Argentine où le paquet traditionnel de 500 gr ne fait pas une semaine à un consommateur lambda). Sous cette marque, Taragüi, Las Marías vend aussi du thé (que les passionnés de cette noble boisson fuiront à toutes jambes mais c'est le seul disponible à bord des avions d'Aerolineas) et des infusions diverses et variées. Le groupe possède aussi une marque de prestige pour une yerba de luxe, La Merced, l'une des yerbas les plus chères du marché, mais le rapport qualité-prix est au rendez-vous. La Merced est une marque pour un produit récolté à la main et longuement mûri, selon la méthode traditionnelle inventée dans la nuit de temps par les Guaranis et améliorée au 17ème siècle par les jésuites, avec une notion de terroir qui n'est pas qu'une pose marketing comme dans beaucoup d'autres marques qui jouent à fond le répertoire du rural, comme, en France, le camenbert au lait pasteurisé (l'usurpateur du nom) ou le fromage de brebis industriel...